Je ne veux plus croire qu’on me rejette.
Je ne veux plus croire aux jugements.
Je ne veux plus me cacher.
Je ne veux plus avoir honte.
Je ne veux plus fuir.
Je ne veux plus mentir.
Je ne veux plus me taire.
Pour être qui je suis vraiment, la clef est ma vulnérabilité.
Je veux dépasser cette PEUR de m’affirmer tel que je suis !
La PEUR…depuis peu la PEUR est pour moi une Perception Erronée d’Une Réalité…
Alors je fais exploser mon armure.
Je fais tomber mon masque.
Tous mes masques.
J’arrache tous mes voiles un par un.
Toutes ces couches de faux-self,
Qui m’empêchent d’être Moi-m’aime.
Je deviens Chat-Man plutôt que Gay-Chat !
Je pénètre dans l’Invisible pour mettre en lumière mes vices,
Plutôt que d’être un corps pénétré – objet Invisible qui se met au Sert-Vice…
Je dévoile ce Moi dévoyé.
Je l’observe.
Et je vois que ma voie, même déviée, reste toujours ma voie.
Alors, j’écris pour faire entendre ma voix la plus vulnérable.
Aujourd’hui, je vous présente ma Honteuse et Indétectable Vulnérabilité.
Mon HIV.
J’ai été longtemps rongé par la peur de cette maladie. Elle me terrifiait au plus haut point. Cette peur qui m’a fait passer par toutes les couleurs de l’arc-en-ciel.
Alors je faisais attention… Très attention. Trop attention. C’est comme quand je conduis : si je ne regarde pas la route, mais plutôt les arbres sur le côté, c’est sûr que la voiture ira vers les arbres.
De temps à autre, lors d’une nouvelle rencontre intime, s’il y avait un dérapage – un oubli de protection (volontaire ou non) -, c’était parti pour 3 mois de peur ! Le verdict final ne pouvait pas être donné avant.
Il y a eu particulièrement un soir où le dérapage avait été très important… Et la peur est devenue une angoisse profonde de tous les jours, me détruisant complètement. Je ne pensais plus qu’à ça, à chaque instant. Et j’en étais devenu hypocondriaque. Et à force de porter mon attention sans cesse sur les symptômes, il était évident que je les voyais partout !
Quelques semaines après ce dérapage, je commençais une nouvelle relation longue durée. Avec ce nouveau partenaire, au tout début, juste une fois, dans un rapport intime, je me suis laissé emporter par mon désir et je n’ai pas utilisé de préservatif. Hélas, par cet emportement, j’ai attrapé un gonocoque. Ce n’est pas très grave, ça se soigne très facilement avec des antibiotiques. Mais ça fait mal ! J’en informe très vite mon partenaire qui fait tout le nécessaire pour se soigner aussi. 
Quelques temps après, je me rends chez lui pour passer la soirée et il m’apprend une nouvelle qui m’a pétrifié : “J’ai reçu les résultats de la prise de sang, et ce n’est pas bon. Je suis séropositif.” Je fut très choqué, et ma réaction sur le coup était très égoïste : “Quoi? mais alors moi aussi? Mais je suis super jeune !”. Mais plus tard dans la soirée, quand j’ai pu encaisser le choc, je lui ai dit : “Je m’en fous de ce virus, je t’aime, et je ne te quitterai pas !”.
Durant les mois qui suivirent, je me questionnai beaucoup sur mon rapport à “la maladie”. Et d’autre part je travaillai sur ma peur de la “mort”. Qu’il était inutile de passer ma vie à la craindre !
Au fil du temps, je constatai que la santé de mon ami était très bonne, comme s’il n’avait absolument rien du tout. Petit à petit, mon angoisse s’est donc estompée. Jusqu’au jour où j’ai pu enfin faire le test de dépistage. NÉGATIF !
Génial ! Mais pourtant, dès ce moment, j’ai annoncé à mon ami que je ne souhaitais pas me “protéger” lors de nos rapports. Je ne voulais plus accepter d’avoir peur. Cela n’avait pas de sens pour moi : avoir peur de l’homme que j’aime et ne pas vivre la relation pleinement, il n’en était pas question !
Nous ne nous sommes jamais “couverts”, et il ne m’a JAMAIS transmis cette maladie !
Bien plus tard, en 2008, j’apprends une nouvelle qui ne fait quasiment aucun bruit à cette époque : “Le Swiss Statement”.
“Une personne séropositive ne souffrant d’aucune autre maladie sexuellement transmissible et qui suit un traitement antirétroviral efficace ne transmet pas le virus par le biais de contacts sexuels.”
En gros, le traitement fait tellement descendre la charge virale qu’on ne le détecte plus lors d’une prise de sang. On dit alors que la charge virale est indétectable.
Aujourd’hui, lorsqu’on dit “Indétectable”, cela veut dire qu’il n’y a plus qu’entre 0 et 10 copies du virus par millilitre de sang. Ce qui n’exclut donc pas le “0”…
En résumé : le traitement d’une personne atteinte du VIH protège mieux son partenaire que la capote !
Alors depuis 2008, lorsque je rencontrais quelqu’un juste pour une soirée, je demandais toujours s’il était séropo. Si oui, je demandais s’il était sous traitement, et si sa charge virale était indétectable. Si c’était le cas, j’acceptais d’avoir du sexe sans préservatif. Et pendant 8 ans, je n’ai jamais attrapé le VIH…
Un jour, la loi d’attraction s’est transformée en loi d’attrape-couillon (c’est moi le couillon!).
Un homme m’a invité chez lui pour un moment de fun, mais je ne lui ai pas demandé s’il était sous traitement.
Et hélas, j’ai appris bien plus tard par des amis à lui qu’il était bien séropositif. Mais qu’il ne VOULAIT PAS prendre de traitement. Il se soignait avec des plantes, et du Yoga… Ils avaient tenté maintes fois de le convaincre d’aller se faire prendre en charge pour avoir un traitement… En vain…
Et voilà… Je l’ai finalement attrapé ce VIH. Mais étant très bien renseigné sur le sujet, je savais à quoi m’attendre. Et tout va bien ! Très très bien !
Je suis suivi tous les trois mois par un médecin qui est une femme formidable ! Le traitement que je prends n’a pas d’effets secondaires. J’ai un système immunitaire qui est même un peu plus haut que la moyenne. Et surtout, je ne peux pas transmettre ce virus étant donné que la charge virale est indétectable.
Et la chose dont je suis le plus heureux dans cet étrange aventure: j’ai pu participer à une étude d’un nouveau traitement pendant plusieurs années. Le médicament est maintenant sur le marché. Avoir contribué – à mon échelle – à faire avancer la science m’a permis, en quelque sorte, d’oeuvrer à quelque chose de plus grand que moi ! 
Il me reste encore beaucoup de démons intérieurs, beaucoup de blessures, et des peurs sur lesquelles travailler. Mais aujourd’hui déjà, puisse ma Honteuse et Indétectable Vulnérabilité devenir mon Harmonieuse et Inébranlable Victoire !
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